- Mise à jour du programme de la salle de la spectacle.
- Mise à jour de la page de radio.
Posté le: 04/03/2008 Mise a jour du site de l'usine a sons
Posté le: 19/10/2007 Le nouveau programme de l'usine à son est en ligne, consultez-le en cliquant ici
---------oOo----------
Nouveau :
Retranscription de tous vos support sonores sur CD, nettoyage du son à partir de supports endommagés. En savoir +
Derniére mise à jour :
11/09/2008
Design by : alevey@free.fr
LES PHONOGRAPHES À CYLINDRES
L'idée d'enregistrer des sons en vue d' une reproduction mécanique est
simultanément apparue chez deux inventeurs en 1877 : Charles Cros en France
et Thomas Alva Edison aux États-Unis. Charles Cros avait d'emblée pensé à une
gravure sur disque plat mais n'a pas pu réaliser son invention, faute de moyens.
Quant à Edison, qui avait opté pour l'enregistrement sur cylindre, il a pu, lui,
concrétiser son invention, ce qui explique que les premiers "phonogrammes" ont
été édités sur ce support
Retour aux origines
Charles Cros se plaignait de "la tyrannie scientifique du capital", toujours est-il que
c'est bien Edison qui grava et reproduisit fin 1877 les tout premiers mots de l'histoire
de l'enregistrement sonore "Mary had a little lamb...", tirés d'une comptine célèbre.
Un mois après son premier dépôt de brevet, Edison dépose une addition le 15
janvier 1878 où, pour la première fois, apparaît le mot "Phonographe".
Charles Cros, lui, avait appelé son invention le "Paléophone" ce qui voulait dire :
"Voix du passé". Il est amusant de penser que l'industrie phonographique n' a été
qu'un avatar des inventions de Cros et d' Edison. Le premier étant en effet répétiteur
dans un institut pour sourds-muets, avait pensé utiliser son invention comme
"machine à jingles" (comme on ne disait pas encore à l'époque), chaque handicapé
aurait pu se promener avec un appareil portable et une provision de phrases
enregistrées lui permettant de demander son chemin ou acheter son pain !
Edison lui, envisageait beaucoup plus une application comme machine à dicter à
l'usage des patrons débordés, productivisme à l'américaine oblige ! (Ce qui est
d'ailleurs entré en application en 1889 dans les bureaux des ministères de
Washington).
L'appareil d' Edison présenté pour la première fois à Paris en 1881 en est encore
au stade expérimental, la reproduction n'est pas fidèle, la feuille d'étain portant la
gravure sonore s'use vite et de surcroit n'est pas interchangeable sans destruction .
Apparition de la cire
Entre 1887 et 1889 l'appareil d'Edison est de nouveau présenté à l'Académie des
sciences, cette fois-ci la feuille d'étain est remplacée par de la cire molle mélangée
à de la cire de Canauba en provenance de palmiers du nord du Brésil, et lors de
l'enregistrement, un stylet tranchant enlève un copeau en traçant le sillon. De plus
l'appareil est entraîné électriquement et régulé en vitesse à l'aide d'un système à
boules. Le progrès est notoire, l'amélioration du son qui avait stagné pendant près
de dix ans est remarquable. Cependant sur un support "mou" tel que celui-ci on ne
peut envisager qu'une reproduction à l'aide d' un stéthoscope relié à l'appareil par
un tuyau de caoutchouc, la puissance développée ne permettant pas encore
l'utilisation d'un pavillon. À cette époque c'est l'inventeur anglais Charles Summer
Tainter qui eut l'idée de remplacer la pointe graveuse en métal par un saphir.
Phono Edison 1901
Apparition de Pathé
Vers 1890 aux USA les cylindres standard proposent deux minutes d'enregitrement
(il faut alors adapter les oeuvres à cette contrainte), la société Columbia Company
en fabrique de 300 à 500 par jour, en enregistrement direct, un chanteur pouvant en
faire trois à la fois, un orchestre de cuivre, dix.
En 1896 deux frères d'origine alsacienne, Charles et Émile Pathé, démarrent la
fabrication de phonographes à cylindres dans une petite serrurerie de la rue de
Belleville à Paris, après avoir testé quelques appareils sur des foires de la région
parisienne. Ils obtiendront d' Edison la représentation de son entreprise pour l'Europe.
Les machines ainsi produites faisaient merveille pour attirer les clients dans les cafés
qui en étaient équipés. Ils se mettent à enregistrer des cylindres à l' unité.
C'est en 1898 que s'ouvrit la célèbre usine de Chatou et qu'apparut le fameux coq
Pathé. Les bureaux de l'entreprise étaient situés 98 rue de Richelieu à Paris. Des
chanteurs de café-concerts ainsi que des artistes de l'Opéra et de l'Opéra-Comique
venaient y enregistrer, tels: Bouvet, Maréchal, Melchissedec ainsi que le célèbre
Charlus qui doit sa réputation (outre à son organe) à sa capacité pour enregistrer,
paraît-il, jusqu'à 80 cylindres par jour (40 le matin et 40 l'après-midi, il n'était pas
encore question de pressage).
Un an plus tôt, le catalogue "élargi" Pathé proposait 8902 références. La célèbre
salle d'audition avec des stéthoscopes reliés à des machines à sous est créée bien
que l'entreprise ne sera fondée officiellement que huit ans plus tard. Devenue par la
suite "Pathé-Marconi", puis "EMI", elle est aujourd' hui plus que centenaire.
Entre temps l'Allemand Berliner avait introduit le disque qui mettra quelques années
avant de supplanter le cylindre. Pathé a aussi opté pour le disque en 1908 mais a
continué à enregistrer les prises de son sur des "cylindres-maîtres" qui seront
transférées sur disques par un système mécanique de pantographe. On reconnaît
ces enregistrements au fait que les disques ainsi produits ne portent pas le même
numéro sur les deux faces mais un numéro distinct correspondant au cylindre d'origine.
Cependant, parallèlement, la fabrication des cylindres durera jusqu'en 1910 chez Pathé,
1912 chez Columbia, 1929 chez Edison aux Usa, disparition tardive qui s' explique par
le grand nombre de machines de cette marque en service sur le continent américain.
Phono Pathé modèle Stentor, muni de son cornet d' enregistrement d' une longueur de 1, 40 m ! (1899)
La duplication
Nous l'avons vu, le grand handicap du cylindre résidait en la non-possibilité de
dupliquer les enregistrements, Pathé les a enregistrés à l' unité de 1896 à 1898. Or, il
est très vite apparu que pour une exploitation commerciale des oeuvres sonores, la
façon artisanale de les produire par petites quantités opposait un sérieux handicap
au développement, d'autant que Berliner exerçait déjà une forte concurrence avec le
disque, développé en Angleterrre à partir de 1898 avec la fondation de La
Gramophone C° Ltd. (Ce qui avait contraint Francis Barraud à modifier son tableau
"His Master's Voice", voir "L' histoire de Nipper" à la page "78 tours"). Le système
du pantographe permettait de copier des cylindres. On commençait par enregistrer
l'oeuvre artistique sur un cylindre de gros diamètre (peu avant la guerre de 14, le
diamètre de ce support est passé à 20 cm, pour une vitesse de 160 tours / minutes,
aucune commecialisation de ce modèle n' a vu le jour). Le transfert s'accomplissait
au moyen d'un appareil articulé de principe comparable au pantographe utilisé pour
reproduire des dessins à des dimensions variables, à partir d'un original. Partant du
cylindre maître, la transcription du son se faisait vers le cylindre-copie à une vitesse 8
fois plus faible que la reproduction courante, pour éviter les vibrations parasites.
Ce système était cependant limité en ne permettant qu'une petite cinquantaine de
copies à partir d'un même original, passé ce stade l' artiste devait réenregistrer.
En 1899 on commence à utiliser la galvanoplastie. Sur le cylindre original on applique
une couche de résine naturelle appelée "Gutta-Percha" qui va prendre l'empreinte en
relief. Après avoir "arraché" ce moule (resté élastique) de l'original, et après lui avoir
redonné sa forme cylindrique, on le rend conducteur à l'aide d'une couche de
"Plombagine" appliquée au pinceau, à l'intérieur. Un bain électrolitique de sulfate de
cuivre fera ensuite le travail en faisant déposer une couche de métal dans le moule.
On remplit alors ce moule devenu métallique et comportant ses sillons en relief avec
de la "Stéarine" mélangée à du savon noir et du noir de fumée, portés à une température
comprise entre 170 et 200 ° C. Le cylindre plein ainsi formé se démoulera au
refroidissement par rétraction et sera ensuite évidé en son centre.
Différentes tailles de cylindres
Les cylindres "Inter" et "Phénix", diamètre: 85 mm, logueur : 110 mm.
Les "Stentor", diamètre: 125 mm, longueur : 110 mm
Les cylindres de marque Edison se déclinent selon 4 formats :
- Le standard en cire, diamètre: 50 mm, durée: 2 mn
- Le concert en cire, diamètre 125 mm, durée: 4 mn
- L'amberol en cire, diamètre: 50 mm, durée: 4 mn
- Le blue ambérol (de couleur bleue), en celluloïd, diamètre: 50 mm, durée : 4 mn
"Incassable" (Dans ces deux derniers modèles, le sillon est plus fin et plus serré)
Les cylindres "Lioret" de couleur crème, 52 mm, longueur: 83mm
Les "Céleste", diamètre 125 mm, longueur : 210 mm.
Les cylindres "longs", diamètre: 55 mm, mogueur : 150 mm, ils étaient destinés
aux machines à dicter, étaient "rabotables" ou pouvaient comporter sur commande
une gravure en "déclamation" ou "chant seul" (d' après le catalogue Pathé,
année 1900).
Les cylindres "Lambert", brevet américain aux formats Standard et Stentor. Moulés
en celluloïd rose, ils n' ont été commercialisés qu' outre-Atlantique et sont rarissimes.
Les diamètres les plus courants sont: 55 mm (standard) et 85 mm,(inter) et la longueur
commune à ces deux diamètres est de 107 mm.
Cylindre en format "standard" 50 mm avec indications sur la tranche
Cylindres Lioret 50 X 82 mm avec intérieur en métal
Les phonographes
Dès les dernières années du 19ème siècle, lorsqu'il s'est agi de commercialiser des
phonographes, il n'était plus question d' entrainer les machines directement à l'aide
d'une manivelle comme l'avait fait Edison sur ses appareils de laboratoire.
Pour que la lecture se fasse de façon autonome et à peu près régulière, on a équipé
les machines de moteurs à ressort, avec régulation par système à boules. Deux
modes de lecture ont cohabité: le système dit "flottant" où le pavillon se déplace sur
une tringlerie, guidé par le sillon du cylindre lui même, comme sur le modèle Pathé
"Duplex" de 1901, ainsi que le système "guidé" où le pavillon est solidaire d'un peigne
qui se déplace le long d'une vis tournant avec le cylindre comme sur le Pathé "Stentor"
de 1899. Ce sont les deux systèmes les plus courants recherchés par les
collectionneurs. Un autre procédé du à Edison, commercialisé en 1912 sous
l'appellation "Opéra", consistait en un pavillon fixe, et c'est le cylindre qui était animé,
outre sa rotation, d'un système de déplacement derrière la pointe de lecture immobile.
Cette fabrication fut abandonnée dès l'année suivante.
Certains appareils comme l' "Opéra" d'Edison ne jouent que les cylindres de 4 minutes,
quand au "Colibri" construit en 1901 - 1902, il se contente uniquement des cylindres
standard de 2 minutes, mais d'autres modèles d'Edison comme le "Gem - Maroon" de
1910 ou encore le "Fireside" de 1909 permettent de jouer les cylindres de 2 ou 4
minutes. Dans ce dernier cas la vitesse est adaptable au type du rouleau. Un autre
appareil comme le "Standard", modèle "A" d'Edison de 1904 possède une touche de
retour en arrière, pour l'étude des langues. Le "Théâtrophone", construit en Suisse en
1906, est muni d'un monnayeur et d'un retour automatique de la tête de lecture.
En ce qui concerne les différents diamètres de cylindres, un appareil comme le Pathé
"N° 4" (1904 - 1905) permet d'en jouer trois tailles: "Inter, Standard et Stentor".
La plupart des phonographes à cylindre permettaient aussi d'enregistrer soi-même,
souvent à l'aide d'un pavillon différent de celui servant pour la lecture, comme le
"Triumph" d'Edison (1900). Pour cela il faut être équipé d'une d'une tête graveuse de
conception différente, à monter à la place de la tête de lecture. Certains appareils comme
la "Lyre" allemande de 1904, vendue à prix très bas, ne permettaient pas d'enregistrer.
Donc comme nous le voyons, en ces temps reculés, le phonographe à cylindre faisait
aussi office de magnétophone ! Cet avantage disparaîtra avec l'émergence du disque
et déjà en 1913 le "Diamond Amberola" modèle 30 annonce le déclin du cylindre et
les pavillons extérieurs en forme de corole de fleur laisseront peu à peu la place aux
cornets intégrés aux caisses.
Phonographe Idéal Mixte pouvant jouer disques et cylindres avec têtes Le Cahit, 1906 et
Phonographe Idéal avec tringlerie Vérité, le pavillon se déplace au gré du cylindre, 1902
Le catalogue Bettini
A partir de 1897, Gianni Bettini, jeune militaire d'origine italienne, propose un
catalogue des plus grandes voix de l'époque telles : Frances Saville, Dante Del Papa
ou Mario Ancona, sans oublier Yvette Guilbert et Sarah Bernardt en personne.
Ces enregistrements sont réalisés dans le studio que Bettini a installé à New-York au
110 de la Cinquième Avenue. Dès 1888 cet amateur de bel canto avait acquis son
premier phonographe Edison. Il y apportera très vite des modifications pour permettre
d' enregistrer du chant, car l'appareil avait encore des performances très limitées.
Cela consistera non plus en une captation centrale du son sur la membrane de la tête de
lecture, mais par une répartition de cette captation grâce à une "araignée" métallique.
Auteur de plusieurs brevets qu' il n 'exploitera pas lui-même, il cède tous ses droits en
1898 pour créér en 1900 en France la "Société des Micro-Phonographes Bettini".
Parmi ses modèles d'appareils restés célèbres, citons: "Le Rubis, Le Tandem, Le Brillant,
L' Aiglon". En 1903, il s' attaque au répertoire "historique" en enregistrant la voix du
pape Léon XIII (né en 1810). L' histoire dit qu'il s' agit d'un cas rarissime où la
personnalité a enregistré elle-même, en effet dans beaucoup d' autres cas, pour des
discours d' hommes politiques importants, le travail était réalisé par des comédiens.
Bettini disparut en 1938 à San-Remo. A l'heure actuelle les cylindres de Bettini sont
considérés comme parmi les plus recherchés, rareté oblige.
Musique et horlogerie
Autre personnage important dans l' histoire du son enregistré, voici Lioret. C' est
par le monde du jouet que cet horloger (issu d'une lignée réputée), aborde le monde
du phonographe. Un certain Émile Jumeau lui confie une poupée à qui il ne manquait
que... la parole. C' est chose faite en 1893 avec l' annonce de la naissance du "Bébé
phonographe". S' appuyant sur les travaux d' Edison, Lioret entre dans l' histoire en
brevetant un cylindre en celluloïd le 28 novembre 1893. Le "Bébé Jumeau
Phonographe" est lancé et connaîtra un franc succès. Enfermé dans une boîte de carton,
le phonographe de poupée, nommé "Le Merveilleux" (jouant des cylindres de 30
secondes), sera aussi utilisé à des fins publicitaires, notamment pour le chocolat
Menier, dont il vante les mérites, pour l' occasion le mécanisme est enfermé dans une
réplique miniature de colonne Morris. A partir de 1895, Lioret perfectionne son
"Lioretgrah" (sans "e", à l' américaine), grâce à son résonateur, cet appareil peut
s 'exprimer à "haute voix", sans utiliser les contraignants stéthoscopes, que l' on peut
néanmoins brancher sur l' appareil si on le désire. Puis dès 1900, cet habile horloger
commence à modifier les phonographes d' Edison et de Columbia Graphophone, par
l'adjonction d' un volant lourd ;la vitesse de lecture sera plus régulière. (Cette régularité
a été le casse-tête des fabricants de cylindres, cela s' entend aujourd' hui sur de
nombreuses rééditions). Lioret s' emploiera aussi à la fabrication d' automates tels le
"Clown dessinateur", ou "Pierrot Écrivain", ces personnages devaient leur expression
vocale à des cylindres "Lioretgraph" dissimulés. Henri Lioret s' est éteint à l' âge de 90
ans après avoir exercé ses talents dans le domaine du cinéma, en collaborant avec Léon
Gaumont, ou dans celui du son avec Fernand Ducretet. Aujourd' hui les cylindres
celluloïd de Lioret restent parmi les plus prisés.
Il est possible de se faire une idée de ce que donnait le son du cylindre au début du
siècle en faisant l' acquisition d'un disque microsillon 33 tours - 17 cm, édité il y a une
vingtaine d' années par Sélection du Reader's Digest, sous la référence 63881.
Ce disque contient les repiquages d' enregistrements de six grands acteurs, échelonnés
entre 1898 et 1932. - En 1903, Sarah Bernhardt, âgée de 59 ans, déclame un extrait
de "Phèdre" et l'histoire dit que la grande dame s' évanouit d' horreur à l' écoute de
l 'enregistrement (elle n' était pourtant pas débutante, puisque Bettini avait immortalisé
sa voix quelques années plus tôt à New-York). - Mounet-Sully, "géant-tragique" de la fin
du 19e siècle était aussi âgé de 59 ans lorsque fut gravée pour le phonographe la
première scène d' "Oedipe-Roi" en 1900. La voix semble venir d' un autre âge... - C' est
en 1898 que le grand Constant Coquelin se laissa convaincre de confier à la machine
parlante la "Scène du Duel" de Cyrano de Bergerac. Pour les connaisseurs, cette gravure
reste un exemple de leçon de comédie. - L' Institut de la Parole demanda en 1928 à un
homme de 77 ans nommé Eugène Sylvain d'enregistrer quelques fables de La Fontaine.
Cet acteur remarquable détaille "Le chêne et le Roseau" comme peu ont su le faire. - Julia
Bartet atteignait l' âge respectable de 80 ans lorsqu'elle immortalisa une scène
d' "Andromaque" de Racine. Pour l' occasion Jeanne Sully, fille de Mounet, lui donne
la réplique. - Enfin Albert Lambert, né à Rouen en 1865, déclame "Lucie" d' Alfred de
Musset en roulant les "R" comme le faisaient les artistes de l' époque pour pouvoir "passer
la rampe", c'est-à-dire pouvoir, sur scène, se faire entendre du fond de la salle ou du
poulailler, sans le moindre artifice amplificateur. Bien sur depuis l' époque de l' édition de
ce disque, les techniques de repiquage d' enregistrements très anciens ont
considérablement évolué, surtout avec l' apparition du traitement numérique, et puis rien
ne vaut l' écoute d' un vrai cylindre sur un appareil d' époque, mais on aura là un aperçu.
Le phonographe de Sarah Bernhardt
La grande actrice, qui avait pour habitude de se reposer dans un... cercueil, a confié
sa voix à plusieurs reprises au phonographe, à cylindre ou à disque. Elle posséda
d' ailleurs un splendide appareil "Le Gaulois" avec pavillon en cristal. Cette pièce en
parfait état, authentifiée et certifiée par un expert, s' est vue trouver récemment acquéreur,
au téléphone, pour la somme de 111520 euros (hors frais) par un amateur anonyme lors
d' une vente à l 'Hôtel Drouot à Paris.
Phono "Le Gaulois" ayant appartenu à Sarah Bernhardt, a trouvé acquéreur pour 111520 euros, à l' Hôtel Drouot
Où les trouver ?
- Les phonographes: contrairement aux appareils à disques les phonos à cylindres sont
très rarement présents sur les brocantes ou vide-greniers de villages. Ils sont plutôt la
spécialité des antiquaires et marchands spécialisés. De plus ces pièces ne sont pas
forcément fournies avec la tête de lecture, son absence rendant muet l' appareil,
il est recommandé d' avoir l'oeil. Ceci dit, des reproductions de têtes permettent de
sortir du silence les phonos en question, mais uniquement pour certaines marques.
Des ventes aux enchères spécialisées ou non peuvent parfois offrir de bonnes surprises.
- Les cylindres : les plus courants sont les "standard" et les "inter". Présents assez
souvent dans les brocantes, ils se laisseront séduire par leur prix. Làs ! C' est souvent
ravagés par la moisissure qu' ils se dévoileront sous leur vrai jour quand vous ouvrirez
le carton. 95% environ de la production a été irrémédiablement détruite par ce fléau
du à une réaction entre le contenant et le contenu, les moisissures en question s' étant
véritablement nourries de la matière des cylindres (cire ou stéarine). Seuls les "Amberols"
d' Edison ou les Liorets, moulé en celluloïd ont échappé à cette lèpre, mais peuvent
parfois être fendus sur leur longueur.
A quels prix ?
Précisons que les prix des appareils ont subi une augmentation constante en France
jusqu' aux années 78/80. Parmi les marques voici un ordre de grandeur pour des
appareils en bon état visuel et de fonctionnement:
- 225 à 680 ? pour une "Lyre", piètement en fonte en forme de lyre ou d' animal
- 380 ? pour un phono Pathé modèle "Chanteclair", complet avec tête
- 530 à 1300 ? pour un Graphophone (anglais), selon le modèle
- 1800 ? pour un Zonophone ou un Edison (1520 à 2150 ? pour un Edison à
col de cygne)
- 530 à 6000 ? pour un appareil de marque Lioret, selon le modèle
- 6000 ? pour un Céleste
- 760 à 7600 ? pour un appareil de marque Bettini
Les pièces détachées vendues par un spécialiste: à partir de :
- 22,50 ? pour un ressort de moteur, selon sa marque, sa largeur de ruban, etc
- 15 ? pour une manivelle
- 22,50 ? pour une tête de lecture d'époque avec son saphir
- 22,50 ? pour une tête refaite avec saphir
- Prix d' un saphir seul : 22,50 ? pour cylindre de 2 mn (Pathé).
Pour d'autres marques compter de 76 à 91 ? en fonction du saphir et du montage
sur la tête. Précisons qu' un saphir ne doit jamais se changer seul mais qu' à chaque
fois une révision de la tête de lecture est nécessaire. Souvent le spécialiste devra
changer la membrane, le caoutchouc, etc.
Les pavillons Pathé ou Graphophone se trouvent à partir de 122 ? (prévoir en sus
le coût de l' adaptation de la pièce sur l'appareil)
Les cylindres :
- Modèles Inter ou Standard (durée: 2 mn): à aprtir de 15 ?
- Stentors: A partir de 76 ?
- Ambérols (matière bleue) Edison en celulloïd (durée: 4 mn): entre 7,50 et 15 ?
- Ambérols Edison en cire, boîte verte (durée: 4 mn): à partir de 15 ?
- Cylindres Lioret (matière blanche sur âme mettallique): à partir de 45,50 ?
Précisons qu' un revendeur sérieux vous fera écouter les cylindres choisis au
moment de l' achat.
Comment dater les cylindres
La datation est toujours difficile, voici quelques points de repères :
- Les modèles standard Pathé en cire marron ou jaune à gravure directe ont été
édités de 1896 à 1898, ils ont été dupliqués mécaniquement à partir de 1898
- Les Stentor ont été fabriqués entre 1899 et 1908, duplication mécanique
- Les Céleste ont existé entre 1900 et 1906, leur duplication était mécanique.
- Les modèles Inter (intermédiaire entre le Stentor et le Standard) ont fait leur
apparition en 1903
- Les cylindres Lambert (très rares aujourd' hui) sont apparus en 1900-1901 (Usa
seulement)
- Edison a commercialisé des cylindres enregistrés en 1891, fin 1901 sont apparus
les Edison Standard moulés, à pâte noire. Les Amberol Edison à pâte noire ont été
édités à partir de 1908, les Blue Amberol à partir de 1912. Une collection "Purple
Amberol", réservée aux interprètes de prestige a vu le jour en 1918
- Pathé a abandonné l' édition commerciale sur cylindres en 1910 (en gardant la
technique des cylindre-maîtres pour graver les disques)
- Edison a cessé définitivement sa fabrication de cylindres en 1929
- Les catalogues comme ceux de Bettini ou de Pathé Frères du début du siècle
peuvent apporter de précieuses indications.
"Lyre" de marque allemande "Puck", la tansmission se fait par une très fine courroie
Où aller admirer des phonographes à cylindres ? *
- Musée de la Reproduction du Son (collection Armand Noguès) à Saint-Fargeaud
(Yonne). Ouverture: en saison de 10h à 12h et de 14h à 19h, hors saison (du 1er
novembre au 31 mars) sur rendez-vous. Adresse: Place de l' Hôtel de Ville 89170 Saint-Fargeau,
tél: 03 86 74 13 06
- Musée du Phonographe et de la Musique Mécanique à Limoges. Ouvert toute
l' année. Adresse: Hôtel de la Paix, 25 place Jourdan 87000 Limoges, tél :
05 55 34 36 00
- Musée de la Musique Mécanique Les Gets. Ouverture : toute l' année de 14h 30
à 19h 30 (14h en cas de pluie), dernière visite guidée à 18h (fermé du 1er novembre
au 20 décembre). Adresse : 74260 Les Gets. Tél : 04 50 79 85 75 (réservation
obligatoire pour les groupes)
- Musée de Radio-France. Ouvert toute l' année du lundi au samedi sauf jours fériés
de10h 30 à 16h 30. Visites guidées avec conférencière uniquement (une visite toutes
les heures). Adresse : Maison
de Radio-France,116 avenue Président-Kennedy 75220 Paris Cédex 16. Tél :
01 42 30 15 16. Précisons que l' on peut y écouter des enregistrements sonores
couvrant la période du cylindre jusqu' au CD.
- Musée du Phonographe et de la Musique Mécanique de Sainte-Maxime. Ouverture :
de Pâques au dernier dimanche d' octobre de 12h à 12h et de 14h à 18h. Réservation
obligatoire pour les groupes. Adresse :
Parc Saint-Donat CD 25, Route du Muy 83120 Sainte-Maxime-sur-Mer. Tél :
04 94 96 50 52
- Musée Edison du Phonographe, Québec. Ouverture: du 1er mai au 30 septembre :
tous les jours de 10h à 18h, du 1er octobre au 30 avril : sur rendez-vous, visites guidées
bilingues. Collection comprenant 200 phonographes à cylindres différents. Adresse :
9812, rue Royale, Ste-Anne-de-Beaupré Québec Canada. Té l: (418) 827 - 5957.
Et pour communiquer sur Internet entre collectionneurs (ou simples curieux) :
http://www.phono.org/
Conseils d' entretien des cylindres
Avec chaque cylindre vendu la marque Lioret donnait le conseil suivant: "Pour
entretenir et conserver très longtemps les cylindres du phonographe (Système Lioret)
il faut frotter fréquemment et légèrement la circonférence du cylindre avec une brosse
douce ou un chiffon très propre légèrement imbibé d'huile fine. Nous tenons à la
disposition des Clients une brosse et un flacon d' huile spéciale. Prix: 2 F".
Pour les cylindres présentant des traces de moisissure on peut stopper celle-ci en les
trempant pendant quelques minutes dans un mélange de formol (50%) et d' eau
déminéralisée (50%). Sécher avec du papier linge et remettre dans la boîte d' origine.
Attention: ce procédé ne régénérera pas les sillons mangés par la moisissure (qui attaque
les cylindres aussi par l' intérieur), il arrêtera seulement le processus de dégrédation.
Comme pour les 78 tours rares et précieux, il est fortement conseillé de faire copier les
cylindres sur cassette DAT et / ou CD-R (CD gravable à l' unité). Ce travail d' un coût
assez élévé n' est pas à la portée de l' amateur, on aura donc tout intérêt à grouper les
repiquages pour amortir en partie les frais. Notons que la technique qui consiste à
repiquer les cylindres sur cassettes au moyen d' un micro placé devant le pavillon est
souvent décevante, le bruit de fond ayant tendance à l' emporter sur le signal enregistré.
Seul le traitement numérique pourra faire ressortir le bon signal de sa gangue de
craquements.
Remerciements: - Claude Fihman "La Planque du Son" - Mireille Vasseur, Discothèque
Centrale de Radio-France - Jean-Claude Luzzeri, collectionneur - Philippe Leray,
collectionneur - Marie-Claude Steger, restauration de phonographes - Daniel Marty -
Gilbert Humbert
Bibliographie:
"Le magasin du phonographe", Crédit Communal de Belgique**, catalogue
d' exposition réalisé en 1977 pour le centenaire du phonographe (épuisé)
"La machine parlante" par Paul Charbon, éd Jean-Pierre Gyss (épuisé)
"La passionnante histoire du phonographe" éd Les Publications Techniques (épuisé)
"Phonographes et musiques mécaniques", de Eugène H-Weiss, éd Hachette, coll
"Bibliothèque des Merveilles" (épuisé)
"Le phonographe", de A.Coeuroy & G.Clarence, éd Kra, coll "Les documentaires"
(épuisé)
"Recueil des dépôts de marques phonographiques éffectués en France de 1893 à
1914" de Henri Chamoux, Éd H.Chamoux (disponible chez l' auteur)**
"Les disques", de Pierre Gilotaux, éd Presses Universitaires de France, coll
"Que sais-je?" (épuisé)
- de Daniel Marty : "Histoire illustrée du phonographe", Édita S.A. (Lausanne)
(épuisé en France)
"Les phonographes", éditions Actes Sud **
- de Gilbert Humbert : "Panorama des cylindres et premiers disques Pathé
chantés et parlés 1898-1910" (chez l' auteur) **
"Catalogue des 800 premiers cylindres Pathé (reconstitué) de 1896 (chez l' auteur)
"Le phonographe en son enfance", 75 articles de mars 1878 à novembre 1927,
hors commerce, à consulter à la Bibliothèque Nationale, 2, rue Louvois 75002 Paris.
(* informations données au moment de la parution de cet article dans La Vie du
Collectionneur du 14/11/97, à vérifier avant de se rendre sur les lieux cités)
(** Ouvrages de références, indispensables)
Couvercle de boîte d'un cylindre de Melchissedec, star du début du 20ème siècle